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Agathe BOIVIN
Démarche artistique L'évocation de ce passé me permet de faire le lien avec mes préoccupations actuelles. Le paysage, qu'il soit réel ou imaginaire, a toujours été au centre de ma création. Toute ma conception visuelle me conduit à une gestuelle liée à la représentation expressionniste de la nature. Anne Cauquelin* disait: Le paysage dans cette optique est un monument naturel, à caractère artistique, la forêt une galerie de tableaux naturels, un musée vert. Pour faciliter la réalisation juste d'un tableau je me dois d'observer certaines règles : une fois le choix du paysage arrêté, je suis dans l'urgence du faire. Photographies, écrits, croquis sont autant d'exercices auxquels je dois me soumettre pour arriver à créer. Alors… je me détourne des photographies pour éviter de m'y assujettir. Par une dissolution de l'image, et en estompant le contour des formes pour ne livrer qu'une ambiance éthérée, j'élabore une conception visuelle qui me conduit à une gestuelle à caractère expressionniste. Grâce à cette recherche, je brosse, à grands traits, le premier jet qui suggère les bases de la composition du tableau. Dans une large gestuelle, j'applique à la spatule des rainures de couleurs et d'empâtement. L'épaisseur de la matière et le grattage me permettent de parler de lumière et de mouvements. De ce fait, prend forme une réalité presque illusoire qui transmet l'émotion suscitée par la réalisation semi-abstraite du tableau devenu matière. En faisant appel à des techniques pour rendre la surface granuleuse ou striée, la nature évoque le contact avec la pierre, l'eau, l'air, les racines. La matière devient arbre, eau, terre avant d'être paysage et visage. La surface du tableau ne livre alors que des taches qui, après un recul, nous ramène non à la chose peinte mais davantage à l'effet produit : vertige, égarement et éblouissement. Au fil des saisons, mon œil capte de plus en plus profondément le langage relié aux vibrations de la matière vivante, à l'impression de lumière, à l'essence des couleurs. Ainsi prennent forme et me servent les innombrales facettes de Dame Nature. La mouvance, l'errance, la désorientation des lieux me ramènent de façon étonnante à ces mêmes passages du temps. Souvenirs, traces, émotions et peines sont autant de sujets évoqués, mais toujours à travers une rendu de la matière et du paysage. Ces portraits dans le paysage deviennent le paysage lui-même. Maintenant, toutes les matières sont susceptibles d'être mises à contribution pour un rendu paysager, tels papier, bois, collage, découpage de tableau et même l'encadrement si nécessaire. Donner un double rôle à un objet ou à des éclats fait revivre autrement et dans un autre langage ce qu'est la beauté de l'œuvre. Des éléments de sculptures s'ajoutent à ma recherche et font continuer le voyage de cette démarche sur le pays et le sage qui l'habite. Je transforme ces images en réalité, et la réalité en images suggestives afin de parler des émotions qui m'habitent. Cette succession de mouvements fait que la réalité du paysage n'est plus la même; elle est bien ce que je veux en raconter. (D'après un texte de l'artiste) * Anne Cauquelin, L'Invention du Paysage, Quadrige / Presse Universitaires de France, 1989 Le Conseil des arts du Québec
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